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jeudi 24 octobre 2013

TBT- Retour sur mon apprentissage de la vie au rythme de “The Miseducation of Lauryn Hill”

Comme chaque jeudi, je vous offre aujourd’hui un « ThrowBack Thursday »(TBT). Pour ceux qui ne le savent pas, sur Twitter, Facebook et Instagram, le “Throwback Thursday” consiste à poster, le jeudi, une (très) vieille photo de soi. J’ai donc pris la liberté de remplacer « soi » par « elle » et « photo » par « vidéo » afin de faire l’éloge d’une artiste qui a façonné mes rêves et ma vision du monde à un âge où on est en proie à 1 000 questionnements et émotions : Miss Lauryn Hill. 

Ou du moins devrais-je dire Mrs Lauryn Hill, car celle qui a débuté une carrière de chanteuse alors qu’elle n’avait que 13 ans, et qui est devenue une petite sensation cinématographique en 1993 avec le film Sister Act 2, est aujourd’hui une femme et mère de famille à la vie tumultueuse. Et le dernier épisode en date est sa condamnation par un tribunal de Newark, dans le New Jersey, à trois mois de prison et trois mois supplémentaires de résidence surveillée.

En cause: des revenus de 1,8 million de dollars non déclarés entre 2005 et 2007 et des taxes fédérales et d'État impayées en 2008 et 2009, soit un total de 2,3 millions de dollars de dettes. La bonne nouvelle est que Lauryn Hill a profité de son temps passé à l’ombre pour travailler de nouveaux textes et préparer un nouvel album. Elle explique ainsi sur son Tumblr la parution de son nouveau titre Neurotic Society qui se veut une diatribe contre la corruption sociale et la manipulation des masses. Le message est un peu confus et « confusing » et même si je me réjouis d’avance du retour de la reine du flow et du hip-hop, j’espère anxieusement qu’elle saura retrouver la vibe peace et pleine de sagesse de son album « The Miseducation ». Sortie de prison début Octobre, elle a par ailleurs remercié ses fans sur ce même support, avec une lettre qui n’était pas sans rappeler la spiritualité de son premier album solo.


Tout d’abord je voudrais remercier toutes les personnes qui m’ont écrit et fait parvenir des livres et des colis. Grâce à vous je n’ai pas passé un jour sans recevoir de courrier pendant mon incarcération. Et je vous en remercie. Sachez également que non seulement vos lettres m’ont touchée, mais elles ont également confirmé une chose que je savais déjà mais qu’il me fallait réentendre : que les expressions profondément sincères ont une véritable et importante finalité. Si l’un d’entre vous a pu être ému, remotivé, encouragé, ou a pu éviter de succomber à tout effet de déclin moral ou spirituel en retour, alors le résultat est là ! Mes amis, soyez forts, cherchez la lumière et la justesse de l’univers en toute chose.  Sachez que les activités matérielles et créées par l’homme, et celles créées par l’univers ne sont pas toujours en adéquation. Et bien sur efforcez-vous de plaire à dieu.

Merci encore, et encore.
Au nom de l'amour et de la liberté,
@mslaurynHill

15 ans auparavant Lauryn Hill bouleversait la scène hip-hop avec la même émotion brute et profonde. Plus précisément avec un album dont la genèse et le processus de création ont été largement documentés dans plusieurs interviews et livres, dont une biographie « Heart of Soul » signée par Leah et Elina Furman. La chanteuse y explique qu’elle a ressenti une forte vague de créativité et un urgent besoin d’écrire alors qu’elle était enceinte de son premier enfant. Elle est largement inspirée par les problèmes que traverse le groupe Fugees dont elle fait alors partie, mais aussi par une ancienne et chaotique relation amoureuse qui l’a meurtrie pendant de nombreuses années. Le résultat est un album néo-soul et hip-hop qui aborde des sujets aussi variés que la maternité, dieu, les souvenirs ou encore l’amour au-delà de l’acte sexuel.



Lauryn chante en anglais mais aussi en créole, et associe avec fluidité et harmonie organique des touches musicales R&B, soul, hip hop, et reggae. Son morceau le plus introspectif est sans aucun doute « To Zion » dans lequel la chanteuse explique qu’avoir une famille est pour elle plus important que sa carrière, et comment elle s’est battue contre ceux qui lui conseillait d’avorter quand elle a découvert qu’elle était enceinte. 



Ses textes sont pleins d’honnêteté et d’émotion, et semblent parfois directement inspirés par des textes bibliques. Même quand elle s’attaque ouvertement à ses anciens compagnons de groupe (Wyclef et Pras) comme dans le morceau « Forgive them father ». La grande ironie de cet album est que Lauryn Hill a souvent expliqué qu’elle n’avait pas voulu produire de succès commercial ou offrir avec ce solo une œuvre parfaite, mais voulait avant tout créer un album unique, sans pression, et prendre le temps de s’explorer en tant que personne…Quand on comptabilise le nombre de prix et de récompenses décrochés, on a envie de sourire!


Je pense que ce que je retiens le plus de « The Miseducation » ce sont les interludes qui ponctuaient les morceaux de l’album avec des discours et question d’un professeur à des élèves appelés à s’exprimer sur le concept de l’amour. Le professeur était joué par le poète, éducateur et homme politique Ras Baraka (à ne pas confondre avec un certain Barack Obama!) qui est maintenant un élu du conseil municipal de la ville de Newark dans le New Jersey. Bref, c’était l’époque où le concept de hip-hop conscient était encore palpable, et aussi celle où l’album était pensé comme un ensemble cohérent de titres, eux-même assemblés comme les chapitres d'un livre… Bref, c'était une belle époque.



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