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vendredi 11 juillet 2014

Youtube et moi : la fin d'une e-dylle

Youtube, entre toi et moi, c’est fini. 
Je te quitte pour un autre. 

Quand je t’ai rencontré, je me disais que tu étais parfait : un accès illimité à des playlists musicales aussi variées qu’originales, une simplicité d’utilisation, et surtout, la promesse de pouvoir m’exprimer sans restriction. Mais voilà, au fil des années j’ai vu notre relation se dégrader. Et les signes de ton manque d’intégrité se sont multipliés.  A commencer par cette fâcheuse tendance que tu as à vouloir me détourner de mes vraies passions, à m’imposer des suggestions qui montrent bien que tu ne m’as jamais vraiment bien comprise. Comment oses-tu me proposer « we can’t stop » de Miley Cyrus en recommandation musicale ?! 

Quelle déception ... 

Et finalement les choses ont empiré quand tu as voulu connaître tous mes faits et gestes, et les rendre publiques. Toi et ton ami Google + avez décidé que mes badins commentaires de vidéos laissés à 3 heures du matin devaient être divulgués et diffusés sans me demander formellement mon avis … Dude, that's just wrong.  


Youyou ne vois-tu pas combien tu es devenu méfiant, exigeant, avec ce besoin de plus en plus asphyxiant  de tout contrôler ? Non, non, il est inutile de nier ou de tenter de justifier ton comportement derrière des besoins de renforcer la sécurité des internautes : cette surveillance constante n’était en rien nécessaire et mes amis, comme moi, trouvent que notre relation est de plus en plus malsaine. Je veux retrouver ma liberté !  Avant tu me comblais de belles surprises et de coups de cœur généreux, mais tu es devenu avare et mesquin. Je n’en peux plus de tes restrictions géographiques, de tes suppressions de vidéos arbitraires.

Et que dire de toutes ces interruptions intempestives: ces publicités avant et même PENDANT que je regarde le teaser du dernier Jimmy Fallon show ont le don de me rendre folle ! Oui, oui, je sais que je peux « skip the ad », mais j’aurais voulu que tu aies suffisamment de cœur pour m’éviter cela.

Malgré mes larmes, je souhaite que nous nous quittions sur de bons termes. Car je sais bien que je serai tentée de revenir te voir de temps à autres pour retrouver mes copines vlogueuses. Et si tu veux savoir, mon nouveau chouchou s’appelle Soundcloud. C’est un service simple, sans chichi. Un endroit où traînent plein de mélomanes. Et surtout, là au moins je sens que mon bonheur est une vraie priorité: la fonctionnalité de lecture en continu, par exemple, me permet d’écouter plein de morceaux sans interruption. Grâce à Soundcloud j’ai découvert de nouveaux groupes indépendants hypra cools et des petits mixages savamment travaillés comme je les aime. Je t’en montre quelques-uns histoire de te rendre jaloux une dernière fois :

Un "blend" entre soul et hip-hop avec "One step ahead " d'Aretha Franklin et " Mis Fat Booty" de Mos Def. Petit track à savourer en boucle. => LIEN


La version reggae du premier hit de Stevy Mahy est beautifulicious. "You , came into my lifeI (...) Showed me a new dance for life" nous dit Stevy, et c'est exactement ce que je ressens en parcourant ma nouvelle plateforme de prédilection.=> LIEN


Soundcloud, lui au moins a su dire NON aux annonceurs de produits de grande consommation, et a refusé leurs publicités monotones et rébarbatives. If I Could Turn Back The Hands Of Time. C’est ce que tu te diras très bientôt mon cher Youyou, car d’autres, comme moi, te tourneront le dos … 

samedi 5 juillet 2014

“Mr West is in the building” - Pour la réhabilitation d’un génie souvent à l'ouest

Un de mes fantasmes est d’être Dj. Au sens noble du terme. 

Parfois je m’imagine scratchant sans abîmer ma manicure, pitchant et mixant hors tempo devant une foule d’amateurs de hip-hop rétro qui apprécieraient mon choix de références. Un peu comme ceux qui  hochent pieusement de la tête en écoutant un prêtre remixer des passages bibliques pendant une homélie, on s' écrierait à chacun de mes needle drops "Dj Mag is the truth !"

Dans mes rêves les plus fous j’ai la prétention de penser que j’apporte la bonne nouvelle et distille des messages de paix  (oh blasphème !) en remixant du Notorius BIG avec du Tupac Shakur. “Grab a drink, grab a glass, you know what’s this is… it’s a celebration” (Kanye West). Au rythme de mes appels (car je me vois aussi en mode MC Mag, maîtresse de cérémonie avec un petit accent jamaïcain) la foule se défoule, la messe est dite !

Ok, ok, j’arrête le délire. Je n’ai pas la prétention de créer un tel effet. :-) 

Mais le fait est que j’entre vraiment en transe quand je reconnais un sample improbable. Et j’aurais adoré pouvoir, moi aussi, associer et dissocier des beats ahurissants. Le sampling est un art plus noble qu’on ne le pense, et c’est dans cette réflexion que je me suis plongée  en tombant sur ce commentaire, en réponse à un clip de Kanye West:



Contrairement à ce qui est dit ici, je ne pense pas qu’on doive parler de détournement mais plutôt de partage et d'un travail de création artistique qui mérite d'être reconnu. Derrière l'effort de curation, de sélection et d'adaptation, il faut aussi voir une forme d'hommage d'un artiste à un autre. C'est grâce à certains rappeurs, amateurs de vinyles collectors, que j'ai pu découvrir de grands noms de la musique soul ou jazz des années 50 qui auraient pu passer au travers de mon radar faute de promotion contemporaine. Parfois le clin d'oeil musical se fait moins "vintage", certains choisissant de reprendre des échantillons de morceaux d'artistes contemporains. Et le défi est alors de pouvoir apporter une pointe d'originalité ou de ré-interpréter un beat avec un texte totalement différent. Pas si simple donc, ça demande un vrai talent de production.

Un talent comme celui qui a donné naissance à l'album College Dropout. Once upon a time Mister Kanye West, un artiste aussi torturé que talentueux, qui laissa à la planète hip-hop un album qu'on qualifie déjà de grand classique. 21 titres magnifiquement aboutis qui sont le fruit de 4 années de réflexion et de travail d'enregistrement. 


College Dropout est le premier album de celui à qui on a souvent reproché un flow rap peu convaincant. Nous sommes au début des années 2000 et même s'il a déjà accompagné de grandes pointures de hip-hop en tant que producteur, Kanye a du mal à trouver une maison de production pour le suivre dans son projet personnel. Ses premières maquettes dérangent car plutôt que de tenter de surfer sur le style gangster rap alors hyper tendance, il choisit de s’appuyer sur des thèmes un peu démodés : le rejet du matérialisme, les questionnements spirituels ou encore l’importance de la famille. Ses textes sont aussi largement inspirés par un grave accident de voiture dont il a été victime en 2002. La musique devient après cet épisode une drogue qui permet au producteur d’échapper à la douleur physique et de répondre à certaines angoisses existentielles (cogito ergo sum).

L’album qui sort finalement en 2004 est un reflet de toute cette période de chamboulement, et les mots (maux) de l'artiste vont toucher un large public. College Dropout est chaleureusement accueilli par les critiques et va permettre à Kanye de gagner en crédibilité et en notoriété internationale. Mais moi, ce que je retiens surtout de ce succès commercial, c'est la reconnaissance de son fantastique travail de remixage. Et pour illustrer mon propos, je me propose de partager quelques exemples de ses utilisations d'échantillons musicaux.

«Jesus Walks» (ARC Choir)
Le coeur ARC est un groupe de gospel de Harlem composé de 32 voix qui partagent leur foi et leur amour pour Jésus avec musique et passion. Et ça tombe bien, car c'était un peu l'état d'esprit de Kanye au lendemain de son accident. Le résultat est un rap mid-tempo pénétrant, sur un fonds acoustique et des tambours à la cadence militaire qui crééent une ambiance quasi mystique.

L'ORIGINAL


LE REMIX


Through the wire (Chaka Khan)
Ce remix est un hommage aux années 80.1985 pour être plus précise, car c'est la date à laquelle sort le single R&B de Chaka Khan. Kanye choisira d'accélérer le tempo du beat original, et d'y ajouter quelques notes plus aiguës pour raconter sa période de convalescence et ses doutes après son accident de voiture. On devine déjà ici la personnalité mélo-dramatique et la tendance aux lamentations qui rendront Kanye tristement célèbre (et détesté). 

L'ORIGINAL


LE REMIX

All Falls Down (Lauryn Hill) 
Ce remix est la rencontre de deux compositeurs de génie qui dénoncent dans ces deux chansons la manipulation des masses et l'excès de la société de consommation. Je ne suis pas sûre que Kanye et Lauryn soient vraiment amis dans la vraie vie, mais la qualité de ce remix travaillé à partir de changements d'accords audacieux mérite qu'ils prennent le temps de se retrouver pour travailler un autre morceau ensemble ! 

L'ORIGINAL

LE REMIX



Pas facilite de réhabiliter un artiste devenu la bête noire des médias et l'homme à abattre sur les réseaux sociaux. Je suis consciente de ses excès, de son égo démesuré, de ses délires divagations souvent mal développées...mais je préfère me concentrer sur son respect pour la musique avec un grand M. Vous en doutez encore ? Alors je vous invite à regarder cette vidéo. 


vendredi 4 juillet 2014

IRL (In Real Life) - Petit chat parisien autour du documentaire "You can touch my hair"

“Please don’t touch my hair… I don’t know where your hands have been so, no”. 

C’est avec détermination et sassy attitude que la participante au happening « You can touch my hair » explique les raisons pour lesquelles elle ne souhaite pas exposer ses boucles à la curiosité publique.
Et tandis que le grand écran laisse défiler les images d’autres n’happy girls pleines de verbe, je ne peux m’empêcher d’épier les réactions dans la salle. Certaines hochent de la tête, d’autres tentent d’étouffer des rires joyeux, d’autres encore commentent bruyamment les scènes en évoquant des situations  similaires vécues auparavant… Le public est conquis, mais les opinions sont divisées ! 


Ce mercredi soir une cinquantaine d’amatrices de débats capillaires se sont réunies pour assister à la projection du documentaire « You can touch my hair » au Comptoir Général. D'ailleurs, je vous mets ici une partie de ce documentaire afin de découvrir les arguments des personnes favorables ou pas au fait que des étrangers puissent toucher leurs boucles.



Le Comptoir Général... Je vous avais déjà parlé de mon attachement profond pour ce "ghetto museum" parisien installé le long du Canal Saint-Martin.


Et bien ce fut l’occasion pour moi d’associer dégustation de petit punch et réflexion sociologique (si-si, les deux sont compatibles !) 
et de participer à un débat animé par un superbe trio: Antonia, Clarisse et Kelly. D'ailleurs en regardant ces trois femmes sur l’estrade, je n’ai pu m’empêcher de repenser à la scène finale traditionnellement diffusée sur VH1 pendant le Divas Live Concert … 


Car elles furent, elles aussi, magistrales et captivantes!

En maîtresse de cérémonie nous avions tout d’abord Antonia Opiah, la réalisatrice du documentaire et la fondatrice du site un’ruly.com. C’était la deuxième fois que j’assistais à une présentation d’Antonia, et comme toujours j’ai pu apprécier son explosion de force tranquille.
C’est avec détermination mais aussi calme et sérénité qu’elle a pu nous expliquer son postulat de départ : la célébration de la diversité et de la beauté des cheveux de la femme noire. Et pour soutenir ce projet, elle a voulu s’appuyer sur une performance artistique réalisée à New York, en tentant d’apporter une réponse à la fascination dont les cheveux noirs font l’objet.

A sa droite (let’s get ready to rumble !) nous avions Clarisse Libene, la créatrice de la plateforme Bellebène. L’esprit et l'humour pétillants, elle nous a entraîné dans un fastfoward rapide qui nous a permis de ré-apprécier la petite révolution à laquelle on assiste en France depuis peu.
Clarisse appartient à cette génération de jeunes femmes engagées qui ont bouleversé le marché des produits capillaires et de soins pour peaux noires en apportant une chose qui manquait cruellement sur le marché hexagonal: l’accessibilité. Depuis 2008 la plateforme Bellebène permet donc d’accéder à un vaste choix de produits spécifiques, go check it out ! A noter qu’elle est aussi l’une des organisatrices de la Natural’Hair Academy.

Et enfin Kelly Massol , qui comme son homonyme Kelly Rowland, était en mode « baby I’ma be your motivation ».
C’est avec une fierté (bien justifiée !) qu’elle a, elle aussi pu revenir sur les motivations qui l’ont poussée à créer Les secrets deLoly : « j’ai créé cette marque en espérant que mes enfants n’aient pas à se poser la question ».  Elle résume ainsi ce que beaucoup espèrent : que le mouvement du cheveu naturel ne soit pas une simple tendance mais une vraie révolution pérenne, que les générations futures ne trouvent pas anormale.


Les discussions se sont poursuivies et on a pu parler (en vrac) de marketing ethnique, de produits bio, de l’effet mystique du cheveu crépu, de curiosité bien placée ou encore du risque de devenir une ayatollah (yep, you heard that right !) des produits naturels. Les avis n’étaient pas toujours tous les mêmes, et c’est finalement l’idée de libre choix qui a semblé conclure cette rencontre qui s’est achevée au grand regret de l’assistance. J'ai moi-même apprécié d'échanger avec certaines des participantes qui sont parties en promettant de continuer le débat sur les réseaux sociaux, où là aussi on assiste à une joyeuse révolution. 

Feed your mind...And your hair will follow. Ce fut un peu notre chantre de départ. Et comme toujours je me ferai un plaisir de relayer les autres hair mouvements qui nourissent l'esprit, repérés ici et là. Sooooooooooo...