Ma trouvaille du jour se nomme Tumi Molekane. Tumi est un poète et rappeur sud-africain que j’ai découvert lors d’un concert organisé dans le cadre de la semaine de la solidarité internationale. Et au risque de
friser le mauvais goût, j’ai envie de dire « Tumi, tu m’a tuée ! »
J’ai en effet été bouleversée par l’univers cosmique de l’artiste, sa
profonde sensibilité poétique et ses influences musicales diverses. Roulement de percussions des musiques africaines
traditionnelles associées à des arrangements électroniques plus contemporains...ses compositions sont une ode aux musiques de son enfance et au synthé-basse 808 du hip
hop actuel, genius!
Un syncrétisme naturel qui vous transporte de Johannesburg aux autres planques urbaines du monde où l'on tente d'étouffer et cacher la misère. Bref, Tumi c’est l’homme de la fusion. Et il l’a montré
sur scène en enchaînant petits pas de break dance et claquements de gumboot
dancing. Le gumboot, qu'est-ce que c'est? C’est cette danse
percussive qui se pratique à l'aide de bottes de caoutchouc. Elle a pris
naissance durant l'Apartheid, auprès des mineurs noirs d’Afrique du Sud, et était
leur mode de communication pour tenter de rendre moins pénibles leurs
conditions de travail. Chaque claquement entre les différents éléments situés à
portée (bottes, chaînes, surface de l'eau, sol) était comme une réponse à l’enchaînement,
l’humidité, l’obscurité… et surtout à l’interdiction de parler.
Tumi se fait pareillement le relais de ceux
qui n’ont pas de voix. L’artiste appartient à ce mouvement de hip-hop conscient et engagé, loin du
hip-hop sexiste et commercial qui pollue pullule sur la scène grand public. Et c’est
pour cela qu’il est plus facile de trouver des informations sur lui via
internet, que via les canaux traditionnels. Son empreinte digitale donne à voir le regard que le poète porte sur la société
qui l’entoure, mais aussi sur les pays qu’il a pu découvrir au cours de ses
concerts et voyages en Afrique, et dans le reste du monde. Il a ainsi réalisé un film documentaire qui montre les 1000 facettes d’un continent riche et multiple, au travers de
ses musiques et des artistes qui y sont célébrés.
En parcourant les tags Tumblr qui mentionnent
Tumi, on découvre aussi des fans venus d’ici
et d’ailleurs, qui admirent avec la même ferveur l’environnement esthétique et
musical d’un artiste reconnu pour la qualité de ses performances live: http://www.tumblr.com/tagged/tumi-molekane
Ce qu’il faut retenir de Tumi enfin, ce sont
ses interrogations graves et spirituelles qui nous ramènent à la genèse du
hip-hop. Comme dans le morceau Asinamali qu’il ponctue du refrain suivant : « I can’t decide
if it’s the money that put a low price tag on your soul/I can’t decide if it’s
the money that get the people going out of control.” Pour la petite histoire "Asinamali" signifie "nous n'avons pas d'argent" et était souvent le refrain utilisé pendant les marches et luttes contre l'apartheid. L'apartheid, c'est fini, mais il reste encore beaucoup à faire pour faire disparaitre la misère en Afrique du Sud. Et le chanteur nous le rappelle avec son flow percutant.
Bref, choisissez Tumi pour ne pas groover bêtement!


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