Récemment une de mes amies (appelons-la Blue Ivy pour les besoins de cet article…et
pour le fun !) publiait sur son mur Facebook une requête que je jugeais
alors aussi farfelue qu’intéressante:
“My wishes for Web content:
A
"view all in one page" option, easy to read font, no slide shows, no
auto-play videos, and no gif ads. I'm a simple woman with simple wishes.”
Pourquoi l´ai-je trouvé farfelu ce souhait? Parce qu à l’heure où les sites à fort trafic tentent de démontrer
leur supériorité en multipliant effets graphiques et contenus interactifs
innovants, et sont surtout hyper pollués et envahis de bannières publicitaires intrusives (this
is for you YouTube !), il serait presque risible de penser que l’on puisse
revenir un jour à des pages Internet
simples et édulcorées. Cette pétition est pourtant une demande croissante d’internautes
dépités et lasses de devoir cliquer, scroller, ou jongler entre les pubs pour
arriver à un contenu de qualité.
Et dans cette grande surenchère et
confusion digitale, quelques publications tentent de répondre à cette demande croissante. Par exemple
le magazine musical Pitchfork, un nouveau cas d’école recommandé par mon amie
Blue Ivy elle-même (on n’est jamais mieux servi que par soi-même !) trop heureuse de découvrir le site pitchfork.com après avoir publié son post. Les journalistes du magazine Pitchfork sont surtout connus par les aficionados de musique indépendante pour leurs critiques musicales quotidiennes sur internet, et leurs redoutables notations d'albums et singles. Sur son site le magazine propose des articles textes et vidéos au format classique, mais aussi des articles spéciaux qui ne sont pas sans rappeler l'époque des beaux reportages sur papier glacé. Présentés sous la forme de contenu multimédia épuré et très esthétique, ce sont ces articles qui créent la différence. J´ai ainsi découvert une magnifique interview de Janelle Monae qui a fait appel à des ingrédients très simples : une image en plein écran, une typo simple et lisible, une playlist facultative et surtout un entretien intimiste et minutieusement retranscrit qui permet de mieux apprécier le parcours de la chanteuse.
Et c’est là que je dois faire une petite confession : je n’avais jamais trop compris l’engouement pour cet artiste, ou réussi
à apprécier plus que sa coiffure Pompadour… Mais après avoir lu, regardé et écouté
cette ode à Janelle Monae, je pense être beaucoup plus
sensible à son univers musical et créatif.
Qui est exactement celle qui n'est pas sans rappeler le titre de son dernier album, une « Electric Lady » ?
Un ovni entre pop commerciale et musique indépendante
tout d’abord. Car on nous rappelle que la protégée de Sean Combs (aka Puff
Daddy) et Outkast a encore du mal à se
faire inviter sur les grandes scènes musicales, comme les BET Awards. Il aura
fallu un coup de fil de Prince au président de BET pour l’inclure dans la
programmation de la soirée.
L’artiste souvent jugée trop atypique ou cérébrale a dû procéder à des expérimentations non orthodoxes pour son deuxième
album. Il fut ainsi envoyé en cours d’élaboration dans des bars de strip-tease afin de voir si les « danseuses » sauraient apprécier le groove des
nouveaux morceaux. Janelle, si discrète d’ordinaire, partage également dans cet
entretien quelques confessions sur une rupture amoureuse qui l’a ébranlée, avoue
avoir entamé une thérapie et avoir tout un tas de troubles obsessionnels compulsifs.
On peut également mieux comprendre sa volonté de redéfinir la musique R&B mainstream et d’offrir un son plus novateur, plus
futuriste, plus ambitieux. Elle cite Steve Jobs ou la dernière exposition de
David Bowie à Londres pour expliquer ses influences.
Celle qui a grandi dans un
foyer modeste, un peu chaotique et a cumulé les petits boulots afin de pouvoir réaliser
ses rêves explique que c’est en se protégeant derrière des excentricités
artistiques qu’elle a su se forger un cocon et un univers.
Son style vestimentaire
qui a fait d’elle une icône adulée par beaucoup, dont Karl Lagerfel (the one and only), est d’ailleurs
un hommage à ses parents qui ont dû porter au travail un uniforme (bien moins glamour) pendant de nombreuses années. Que de surprises à
la lecture de toutes ces confidences, et encore une fois le format plein-écran
de l’article est idéal pour prendre le temps de lire, parcourir les références sans stress, et se
concentrer sur la musique de l’artiste sans être distrait ou tenté de suivre un
lien ou un pop-up taquin.
J’ai fini ma
lecture en faisant plus attention aux portraits d’illustration et à la beauté singulière
de la chanteuse, et ai envie de poursuivre cette exploration via YouTube. Merci donc à mon amie Blue Ivy (ha ha ha) et au site
pitchfork.com pour un beau moment d’esthétisme digital et musical.





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