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samedi 5 juillet 2014

“Mr West is in the building” - Pour la réhabilitation d’un génie souvent à l'ouest

Un de mes fantasmes est d’être Dj. Au sens noble du terme. 

Parfois je m’imagine scratchant sans abîmer ma manicure, pitchant et mixant hors tempo devant une foule d’amateurs de hip-hop rétro qui apprécieraient mon choix de références. Un peu comme ceux qui  hochent pieusement de la tête en écoutant un prêtre remixer des passages bibliques pendant une homélie, on s' écrierait à chacun de mes needle drops "Dj Mag is the truth !"

Dans mes rêves les plus fous j’ai la prétention de penser que j’apporte la bonne nouvelle et distille des messages de paix  (oh blasphème !) en remixant du Notorius BIG avec du Tupac Shakur. “Grab a drink, grab a glass, you know what’s this is… it’s a celebration” (Kanye West). Au rythme de mes appels (car je me vois aussi en mode MC Mag, maîtresse de cérémonie avec un petit accent jamaïcain) la foule se défoule, la messe est dite !

Ok, ok, j’arrête le délire. Je n’ai pas la prétention de créer un tel effet. :-) 

Mais le fait est que j’entre vraiment en transe quand je reconnais un sample improbable. Et j’aurais adoré pouvoir, moi aussi, associer et dissocier des beats ahurissants. Le sampling est un art plus noble qu’on ne le pense, et c’est dans cette réflexion que je me suis plongée  en tombant sur ce commentaire, en réponse à un clip de Kanye West:



Contrairement à ce qui est dit ici, je ne pense pas qu’on doive parler de détournement mais plutôt de partage et d'un travail de création artistique qui mérite d'être reconnu. Derrière l'effort de curation, de sélection et d'adaptation, il faut aussi voir une forme d'hommage d'un artiste à un autre. C'est grâce à certains rappeurs, amateurs de vinyles collectors, que j'ai pu découvrir de grands noms de la musique soul ou jazz des années 50 qui auraient pu passer au travers de mon radar faute de promotion contemporaine. Parfois le clin d'oeil musical se fait moins "vintage", certains choisissant de reprendre des échantillons de morceaux d'artistes contemporains. Et le défi est alors de pouvoir apporter une pointe d'originalité ou de ré-interpréter un beat avec un texte totalement différent. Pas si simple donc, ça demande un vrai talent de production.

Un talent comme celui qui a donné naissance à l'album College Dropout. Once upon a time Mister Kanye West, un artiste aussi torturé que talentueux, qui laissa à la planète hip-hop un album qu'on qualifie déjà de grand classique. 21 titres magnifiquement aboutis qui sont le fruit de 4 années de réflexion et de travail d'enregistrement. 


College Dropout est le premier album de celui à qui on a souvent reproché un flow rap peu convaincant. Nous sommes au début des années 2000 et même s'il a déjà accompagné de grandes pointures de hip-hop en tant que producteur, Kanye a du mal à trouver une maison de production pour le suivre dans son projet personnel. Ses premières maquettes dérangent car plutôt que de tenter de surfer sur le style gangster rap alors hyper tendance, il choisit de s’appuyer sur des thèmes un peu démodés : le rejet du matérialisme, les questionnements spirituels ou encore l’importance de la famille. Ses textes sont aussi largement inspirés par un grave accident de voiture dont il a été victime en 2002. La musique devient après cet épisode une drogue qui permet au producteur d’échapper à la douleur physique et de répondre à certaines angoisses existentielles (cogito ergo sum).

L’album qui sort finalement en 2004 est un reflet de toute cette période de chamboulement, et les mots (maux) de l'artiste vont toucher un large public. College Dropout est chaleureusement accueilli par les critiques et va permettre à Kanye de gagner en crédibilité et en notoriété internationale. Mais moi, ce que je retiens surtout de ce succès commercial, c'est la reconnaissance de son fantastique travail de remixage. Et pour illustrer mon propos, je me propose de partager quelques exemples de ses utilisations d'échantillons musicaux.

«Jesus Walks» (ARC Choir)
Le coeur ARC est un groupe de gospel de Harlem composé de 32 voix qui partagent leur foi et leur amour pour Jésus avec musique et passion. Et ça tombe bien, car c'était un peu l'état d'esprit de Kanye au lendemain de son accident. Le résultat est un rap mid-tempo pénétrant, sur un fonds acoustique et des tambours à la cadence militaire qui crééent une ambiance quasi mystique.

L'ORIGINAL


LE REMIX


Through the wire (Chaka Khan)
Ce remix est un hommage aux années 80.1985 pour être plus précise, car c'est la date à laquelle sort le single R&B de Chaka Khan. Kanye choisira d'accélérer le tempo du beat original, et d'y ajouter quelques notes plus aiguës pour raconter sa période de convalescence et ses doutes après son accident de voiture. On devine déjà ici la personnalité mélo-dramatique et la tendance aux lamentations qui rendront Kanye tristement célèbre (et détesté). 

L'ORIGINAL


LE REMIX

All Falls Down (Lauryn Hill) 
Ce remix est la rencontre de deux compositeurs de génie qui dénoncent dans ces deux chansons la manipulation des masses et l'excès de la société de consommation. Je ne suis pas sûre que Kanye et Lauryn soient vraiment amis dans la vraie vie, mais la qualité de ce remix travaillé à partir de changements d'accords audacieux mérite qu'ils prennent le temps de se retrouver pour travailler un autre morceau ensemble ! 

L'ORIGINAL

LE REMIX



Pas facilite de réhabiliter un artiste devenu la bête noire des médias et l'homme à abattre sur les réseaux sociaux. Je suis consciente de ses excès, de son égo démesuré, de ses délires divagations souvent mal développées...mais je préfère me concentrer sur son respect pour la musique avec un grand M. Vous en doutez encore ? Alors je vous invite à regarder cette vidéo. 


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